Voilà, nous laisserons nos textes ici où ils se succéderons l'un derrière l'autre, et pour ne pas interrompre le récit nous déposerons nos critiques, commentaires ou remarques sur le fil "notre livre les inscriptions"
Il avait quitté son lieu de travail dans la lumière du couchant. C'est avec plaisir qu'il roulait lentement sur la route ombragée où les arbres conservaient encore leurs feuillages. Les prémisses de l'automne se devinaient en quelques touches légères de feuilles mordorées, parsemées et encore bien discrètes. La route était bordée de superbes platanes aux troncs tachés comme des pelages de léopard, de marron plus ou moins clair allant par endroit jusqu'au blanc. Il était heureux de vivre dans ce pays, dans cette région de nature bienveillante. La variété des paysages et des cultures offrait des richesses de beauté qui réjouissaient son âme et ses yeux. Un champ de verdure, soigné comme une pelouse, côtoyait un verger qui longeait la route, plus loin un champ offrant une chaude tonalité ocre indiquait que les labours venaient de commencer. La généreuse terre nourricière avait offert ses lourds épis de blé et attendait maintenant la venue des premiers gels qui la préparerait aux futures semailles. Son regard caressait plus qu'il ne regardait les rangées de vignes qui avaient commencé de rougir, alors que derrière, sur l'horizon immédiat se déroulait un rideau de peupliers qui serpentait dans les près. L'œil séduit, il ralentit pour mieux percevoir la musique du cours d'eau qui courait en cascades successives entre les arbres. A ce moment une bouffée de bonheur l'envahit. Il traversa une petite bourgade qu'il connaissait bien, le soleil rasant allumait de tendres incendies de rouges, ors et jaunes sur les vieilles pierres des maisons aux hauts toits de lauze. La vue de ces maisons paisibles et rassurantes ramena son esprit vagabond à son but du jour, à ce qui avait motivé ce déplacement imprévu, c'est à dire cette visite imprévue à sa propre maison. Car pour l'heure il se rendait dans sa vieille propriété perdue là-bas au fond d'une campagne déserte, ignorée des grands chemins, sa vieille, si vieille demeure solitaire, sans voisin au bout d'une discrète route de terre. Il fallait pour y parvenir traverser, champs, et bois sur plusieurs kilomètres avec pour seules rencontres des lapins affolés, des renards dorés et roux comme l'automne, des chauves souris qui rejoignaient leurs arbres dortoirs ou des chouettes superbes qui s'éveillaient la nuit venue . Son travail et ses activités de citadin l'avaient tenu loin de cette ancienne bâtisse héritée plusieurs années plus tôt de ses parents . Il ne venait guère souvent, la route était longue pour s'y rendre, il fallait faire un voyage de plusieurs heures et le confort que ce séjour offrait était très succinct. Il attendait avec espoir des jours de plus d'aisance pécuniaire pour entreprendre les travaux qui risqueraient bien de se révêler incontournables sous peu. Lorsque la missive de la mairie du village lui signala un problème urgent dans la maison, il fut tout d'abord furieux. Comment trouver le temps pour venir faire la moindre des réparations. Mais le message était clair, des tâches inexplicables apparaissaient sur les murs de la façade et il était impérieux que le propriétaire vienne se rendre compte des risques de dangers possibles que cela pouvait éventuellement représenter. Le service de la commune s'était fait insistant car il semblait que les tâches s'étaient encore agrandies dans les dernières semaines et il s'était résolu par la force des choses à aller assumer son rôle de responsable du lieu. C'est pourquoi luttant contre sa procrastination naturelle il s'était ce soir là mis en route. Sa rêverie durait depuis un long moment pendant que le véhicule avançait toujours aussi lentement, les heures défilaient et les traits de lumière avaient baissé en intensité, les couleurs perdaient leur combat contre l'ombre. Tout en dirigeant d'instinct son véhicule, il voyait les arbres l'entourer de toutes parts, il traversait maintenant une forêt épaisse qu'il avait du mal à reconnaitre. Il lui sembla que ce lieu lui était inconnu. Il ressentit soudain un sentiment d'étrangeté qui détruisit tout à fait l'euphorie qui l'avait envahi plus tôt pendant sa contemplation bucolique. Il n'avait jamais remarqué que ce bois fût si grand et que la route fût si étroite. Il avait trop rêvé, ne s'était-il pas trompé de route ? Il était soudain plus tendu, mais aussi en colère contre lui-même. Voilà, se reprochait-il, je rêve et je ne fais pas attention à ce qui m'entoure. Il se disait qu'il allait devoir faire demi-tour, ce n'était pas possible qu'il ne reconnaisse pas les lieux ! La nuit était maintenant totale. Un reflet de lune froide et blanche faisait sourdre un malaise dans son ventre. Mais où suis-je ? se répétait-il, et comme tourner, comment retourner en arrière ? Aucun lieu au bord de la route trop étroite ne permettait un retournement. Alors qu'après une longue distance parcourue, le bord de la route offrait enfin un bas côté permettant une manœuvre, il s'apprêta à reculer pour cela il engagea le véhicule face aux arbres et, c'est alors que de façon tout à fait inattendue il se retrouva face à un banc Napoléon et un calvaire qu'il reconnut immédiatement. A la vue de ce précieux point de repère il connut alors bien plus de stupéfaction que de soulagement. Mais qu'est-ce qu'il fait là ce monument ? s'écria-t-il ! je me croyais perdu, mais pourquoi je ne reconnais rien autour de moi, pourquoi ? Son esprit s'emballait et il lui semblait qu'il perdait son calme, un sentiment infime de peur s'insinuait en lui, lentement. Au moment où il décidait de quitter cette route, ce signe de reconnaissance lui apparaissait pour l'inciter à continuer, tout comme si la nature environnante le retenait. Maintenant il était rempli de crainte, il était, il se sentait effrayé par ces masses de végétation qui l'emprisonnaient, il ne comprenait pas, perdait-il l'esprit ? Il ne retrouvait rien de connu, il était étranger à cette route qu'il avait pourtant empruntée tant et tant de fois auparavant Sans en comprendre bien les raisons il continua machinalement d'avancer, incapable de prendre une décision, mais comme entrainé, il continuait son chemin que bordait un champ, puis un interminable stère de bois empilés, puis un bosquet touffu et noir et finalement, soudain après le virage, apparut sa maison haute, seule, sombre silhouette sur un ciel ténébreux. Et sous ses yeux plissés pour mieux transpercer l'obscurité, il fixait la porte, les fenêtres, et le mur de façade qui dans un rayon de lune blafarde se montrait couvert de larges tâches brunes irrégulières. Le spectacle était si stupéfiant, si inexplicable. Il restait immobile, indécis, assis avec un sentiment de stupéfaction qui faisait une fois de plus remonter en lui une boule d'angoisse. Mon Dieu, mais qu'est-ce que c'est que ce truc !? murmurait-il abasourdi.
Cette façade qui lui paraissait issue d’anciens souvenirs semblait être avalée progressivement par les ténèbres environnantes. Malgré sa stupéfaction devant ce tableau des plus étranges, il commençait de plus en plus à ressentir les effets de cette route interminable précédemment parcourue. La fatigue le convainc de remettre au lendemain les questions enrobant ce mystérieux nouveau visage qu’arborait sa maison. Toutefois, cette insécurité qu’il ressentait ne lui permit que des pas hésitants lorsqu’il voulu entrer en sa demeure. Il ouvrit la porte avec dégoût, ce lieu autrefois familier devenu outre-monde sortait de sa réalité. Il se sentait menacé par l’inconnu, la noirceur et cette odeur qui planait depuis son arrivée. Cette fragrance bizarre se situait entre le chimique et l’organique, sans nécessairement être mauvaise. Elle était juste hors contexte dans ce décor naturel. Ce parfum perçait par-delà les parois de l’immeuble prenant parfois cet air immobile et l’engouffrant soudainement dans ses narines surprises. Cet arôme donnait une sensation d’incertain dans ce silence sournois susurré sous la noirceur ambiante.
Il alluma la lumière si l’on peut l’appeler ainsi. Ce n’était qu’une pâle lueur, un soupir lumineux, une agonisante candeur dans une teinte ambrée. Ce lieu si proche et si lointain lui conférait, toutefois, un certain relâchement dans cette atmosphère insidieusement alourdie. Regardant devant lui, il put remarquer que les tâches sévissant sur la façade rampaient aussi à l’intérieur sur le mur avant de la maison. Cependant, étant moins grandes et plus légères, elles ne ressortaient pas beaucoup dans cet éclairage diaphane.
Il se dirigea vers le salon grand et poussiéreux question de se familiariser de nouveau à ce lieu. Tant de souvenirs lui revenaient. Une enfance heureuse bercée par les brises campagnardes, ce terrain de jeu interminable qui semblait englober le monde entier. La ville n’existait pas dans ce temps-là, du moins, pour lui. La terre était un paradis rural duquel il était le chanceux bénéficiaire. Il entendait parfois le mot ville, mais pour lui, ce n’était qu’un coin de campagne trop lointain pour qu’il puisse y aller. Il ne connaissait pas cette vie qui est maintenant la sienne. Entre quatre murs, étroitement rangé comme un dossier, un numéro parmi tant d’autres, une statistique sociale. Il comptait bien ce démarquer, gravir les échelons et vivre une vie de rêve pourtant bien loin des rêves qu’il chérissait à son arrivée en ville. Même en grandissant, il avait gardé une certaine proximité avec la nature. Pour lui, ces jours se termineraient dans ces paysages champêtres après y avoir passé sa vie. Au moment où il su qu’il devrait s’en aller habiter en ville, il redoutait grandement de devenir ce qu’il est éventuellement devenu comme tous les autres. Néanmoins, cela ne serait certainement pas arrivé si jamais certains évènements n’avaient pas précédé son départ.
Ne voulant pas pencher vers les contrées sombres de sa mémoire, il se mit vite à réfléchir à ce qui lui fallait pour passer la nuit. Il retourna donc à son auto pour prendre le reste de ses choses sans même porter attention à ce qui l’avait tant angoissé auparavant. Revenu dans la maison, il déposa ses choses au pied de l’escalier, se dirigea vers la cuisine pour y déposer sa nourriture et revint prendre ses bagages avant de gravir les marches. Dès la première, il fut interpellé par ce grincement sinistre qui semblait bien plus être une complainte humaine qu’un son issu d’un morceau de bois. Il se dit sarcastiquement « elle est vivante ou quoi, cette baraque? » et continua son ascension dans un questionnement de plus en plus sérieux. Arrivé à la chambre, il ressentit sa fatigue plus lourdement qu’auparavant. Comme si la vue de son lit lui avait rappelé ce long chemin depuis la ville l’ayant amené ici. Il se pressa pour ce coucher, mais malgré son épuisement, une fois que le silence fut maitre des lieux, il ne put s’empêcher de sombrer dans cette atmosphère de peur et d’angoisse qui l’assaillait depuis qu’il avait atteint sa destination. Ses paupières précédemment lourdes se voyaient figées, ses jambes semblaient envahies de crampes douloureuses, raide et tendu, il vivait physiquement le trouble qui oppressait son esprit. Dans cet état insupportable, il était trop inquiet pour remarquer qu’il n’était plus éveillé. Une longue nuit s’offrait à lui et le jour pourrait même ne jamais se montrer.
Ted – car c’était son nom – n’était Théodore que pour une seule personne au monde : sa grand-mère, sa mamé. La vieille femme à la voix âpre, à la peau sèche, au caractère râblé des gens d’autrefois qui ont beaucoup souffert de la guerre et de la famine des campagnes, n’était plus de ce monde depuis plus d’un quart de siècle. Le jeune homme se sentit un instant apaisé. Ce n’était qu’un rêve. Il prit le temps d’observation l’univers de ses songes: il était toujours dans la maison de son enfance, mais son corps était redevenu une petite chose bien légère. Il devait avoir sept ou huit ans. Dans le vaste salon du rez-de-chaussée régnait une atmosphère rustique mais chaleureuse. Les traces non identifiables de moisissures verdâtres avaient disparu. Le crépit des murs était un peu vieillot, mais tout à fait sain. L’odeur chimique surnaturelle avait fait place à la véritable odeur de cette maison, un mélange de bois fumé, un soupçon de lavande, quelque chose d’autrefois. En face de lui : un bon feu de cheminée comme la vieille bâtisse n’en avait plus connu depuis fort longtemps. « J’aurais dû faire ramoner la cheminée, j’aurais dû faire les travaux », se reprocha en lui-même Ted l’adulte. A côté de lui, assise sur une chaise de paille sans âge, mamé le regardait de son vieil œil d’épervier.
- Au lieu d’bailler aux corneilles, tu f’rais mieux de faire ton p’tit travail gamin !
Théodore frissonna. Tous les soirs, il était chargé de fermer tous les volets de la maison. Une dizaine au total. C’était de très lourds volets en chêne sombre qui grinçaient affreusement. L’imagination débordante de l’enfant qu’il était lui faisait ressentir qu’il était vulnérable pendant ce moment où il fermait les volets, comme si une bête venue des bois alentours – peut-être le Mourioche, sorte de loup-garou du lointain folklore de sa mamé – était capable de se jeter sur lui alors qu’il tentait désespérément, de ses petites mains d’enfant, de rabattre le volet. Mamé riait de lui immanquablement : « tu n’as pas besoin d’authentiques monstres ou fantômes, gamin. Ta tête est déjà toute hantée ! » Disait la vieille. Bien souvent, le soir, un vent violent venu de nulle part heurtait les volets un à un, comme un homme ivre en colère cognerait à toutes les issues jusqu’à ce qu’on lui ouvre. « Ai-je bien fermé le volet de la cuisine ? Et celui du salon ? » Se demandait alors Ted, apeuré dans son lit.
Pour l’heure, pris dans la logique de son rêve, il faisait le tour de la maison et rabattait les volets. Le crépuscule tombait vite sur la campagne. Le soir fraichissait. Soudain, un dernier rayon de soleil entre deux nuages éclaira le puisard situé à l’extrémité sud du jardin près d’un énorme noyer à l’écorce gris-clair. Ted se fit la réflexion que les choses n’étaient pas bien à leur place, dans ce rêve. Le noyer était normalement tout près de la maison. Ses larges branches déployées faisaient de l’ombre aux chambres du deuxième étage. Il n’y avait, du côté du puisard, qu’une vigne noueuse à l’abandon. Un instant, il se sentit submergé par un autre souvenir venu simultanément : celui de Jérémie, le copain du lycée avec qui il faisait les quatre cents coups. « On ne reparlera plus jamais du puisard », disait Jérémie. Ted ne se souvenait plus quelle mauvaise affaire ils avaient trafiqué tous les deux, ce jour là avec le puisard. Toujours est-il que pour mettre un terme à cette trop mauvaise fréquentation, ses parents l’avait envoyé en internat à presque 200 kilomètres pour sa dernière année de lycée.
Qu’était-il devenu, Jérémie ? Les deux amis s’étaient perdus de vue depuis si longtemps. Jérémie avait abandonné l’école du jour au lendemain. Peut-être était-il toujours dans la région, à vivre de petites débrouilles une vie de marginal ? C’était bien son genre… Ted cessa de penser au puisard et à Jérémie. De toute façon, il avait totalement occulté cette partie de sa vie. A la place, il s’était recréé des souvenirs d’une jeunesse pastorale peuplée de la joie simple des jeux en plein air. Mais il n’y avait pas eu que cela à l’époque.
Le rêve se poursuivait sur sa lancée, petit Ted acheva de barricader chaque volet d’un lourd barreau en bois que l’on plaçait en transverse. Il embrassa sa mamé qui, visiblement le gardait seule en l’absence des parents du petit garçon, certainement descendus pour la nuit chez des amis en ville. Puis Ted partit rejoindre sa chambre à l’étage. Il y serait seul. Mamé trop âgée, ne montait plus les escaliers depuis déjà fort longtemps et dormait dans un étroit cagibi attenant à la cuisine qu’on avait aménagé tant bien que mal en chambre à coucher.
D’un coup le vent se leva. Le vieux noyer reprit vie, agita des membres branchus et tapa en rythme contre le volet de la chambre de Ted. Ne sachant plus vraiment s’il était encore dans son sommeil ou éveillé, Ted hésitait à ouvrir un œil.
Et il se retrouva face à une antique Land-Rover, un compresseur … il avala sa salive, un matériel de soudeur, l’odeur, c’était ça .., ? Des cordages…et son ancien casque de spéléo …Mais, mais qu’est ce c’est que ce bazar ? Des cambrioleurs, les coups sourds…C’était ça ???...Mmm, il n’était pas convaincu et là son cerveau carburait à 120 à l’heure. Ah, mes gaillards ! Et il brandit sa torche pour assommer … - Pour assommer qui au fait ? Ah oui des maraudeurs, avec une torche imaginaire... ouais, ouais, ouais. Euh, il faisait quoi, là…Il remontait ! Prendre une torche !.. oui, non, parce qu’il avait l’air ridicule, en chaussons, sur la pelouse, détrempée, de …sa propre maison. Oui, Ted .. cela faisait plus viril que diable, tu es ridicule, les coups sourds... de rodeurs, parce qu’avec tes esprits frappeurs...tu peux aller te rhabiller, Théodore. Jérémie … La tour des fenestrels!
"Passe encore d’avoir pénétré dans le monument" avait décrété son père, "passe encore d’avoir dérobé ce ciboire, après ce qui était arrivé à la famille, cela se comprend, mais, avait repris sa mère, avoir la sottise de le jeter dans le puisard.."
Et la pension l’avait éloigné de ses rêves de gamin et il était devenu ingénieur agronome. "Ingénieux à Grenoble" avait ricané Jérémie avant d’aller se faire pendre ailleurs.
Des voleurs, Ted n’était pas rassuré.
-Espèce de couard, arrête d’imaginer, aurait dit la mamé, mais il fait grand jour! Et et tu es tout estransiné ??
Il faisait grand jour! L’antique portillon qui menait aussi à la cave gisait désormais à terre. A pas de loup, il s’approcha et mains agrippées aux barreaux du fenestron jeta un coup d’œil à la béance de l’escalier, s'engagea sur le seuil et là tout vacilla… Un coup sur la tête, une glissade, les cambrioleurs, tout tournait dans sa tête.
-Et alors, petit, ça ne va pas ? Eh, le drôle, je te parle ! - Hein, oh oui, je ne sais pas… Mmm, ah oui, les cachets..., je n’ai pas mangé, trop de tension…je suis où et…vous êtes qui, vous déjà ?
- Tu nous fais quoi là ? Je suis qui à ton avis ?
Ted se frottait la tête, parce qu’il avait la totale, le chambranle trop bas dans lequel il avait donné du front, ses pantoufles humides glissant sur la première marche usée, il avait chuté, les cachets qu’il avait oubliés en ville, ce qui, à priori expliquait tout, sa sourde appréhension en traversant la forêt, quoique… mais cet homme était bien réel.
Goguenard, l’homme désormais adossé au véhicule, le regardait d’un œil circonspect par-dessus ses lunettes en roulant une étique cigarette, au dessus de lunettes…d’écaille...
- Professeur… - Vous m’aviez surnommé ZEBULON, tu te souviens bonhomme ?
- Euh,..."Homo-sapiens, ça pionce!".
- Oui, eh bien désormais pour toi, ce sera Fred, Ferdinand si tu préfères, on a passé l’âge de se faire des politesses! Et déjà il déchargeait un sac de marin débordant d’outils de la Land.
Le professeur, leur préféré... ce qui ne les empêchait pas de lui faire des blagues qui se terminaient par des coups de pieds-au-cul, sans compter qu’il avait la main leste, le professeur…
Ce monsieur tout décati, euh, encore vert parce que le sac, pesait bien... dans les trente kilos et, pour le passer au dessus de sa tête..., oui encore gaillard le vieux, ..en rangers et treillis, notait Ted en arborant un large sourire, ...tachés de glaise jaunâtre, cette terre collante....
- Oh, le ravi, tu m’aides un peu, oui ?
...la rivière… cela le reprenait, les étourdissements … les frissons...
-.......Rentre à la maison, gamin, une surprise t’attend et mange, parce que je te surveille, du coin de l’œil, mais je te surveille… ...enfin je veille sur toi, abruti, murmura t-il.
Et il gravissait les marches quatre à quatre lui, malgré la cigarette fulminait Ted en poussant la porte devant lui.
- Tu as enfin daigné répondre à mon message ? Elle lui tournait le dos, …ces cheveux vénitiens … coupés à la garçonne, oh, elle avait coupé ses cheveux qui flottaient au moindre vent.
- Anne ?? - Oui, riait elle en repoussant sa chaise et en lui tirant large révérence : « Duchesse Anne de Rochechouart de Mortemart », mais je te rassure ce n’est qu’une homonyme, Athénaïs, comme me surnommait ta grand-mère.
- Tu travailles à la mairie ? - Eh bien oui, c’est alimentaire ! dit elle en enfonçant rageusement la touche Maj de son portable qui gisait sur la table de cuisine.
Ferdinand déjà farfouillait parmi les affaires de Ted, cassait des œufs en omelette, l’allongeait de lait, y versait du sucre, de la bière, euh de la farine ?
- Eh oui, c’est ta mère qui m’a appris, pour la pâte à crêpes, et excuse moi pour la grille de la cave, j’avais la clef, mais j’ai préféré la jeter après ce qui s’est passé … - Ce qui n’empêche pas de s’intéresser à autre chose reprenait Anne fermement en jetant un œil courroucé à un Fred, un peu penaud malgré tout.
- En fin de compte, tu l’as épousé... jeta Théodore.
- Tu pensais à quoi, balaya Anne, à une banale histoire d’infiltration, ok tu n’as pas fait le nécessaire pour la toiture, mais là n’est pas le sujet. Je savais que je n’y arriverais pas toute seule. Et déjà les pages défilaient devant un Ted abasourdi, devant la dextérité de Fred à lui verser les crêpes fumantes devant lui et devant, sa rapidité à lui, les enfourner, à les savourer et à se lécher un à un les doigts tout ensuqués et... sa concentration à elle.
Que cherchait-elle ? Elle passait rapidement sur la crue de 2002, il savait tout cela, encore que durant la nuit, il s’était réveillé en sursaut, il s’en souvenait à présent, la mamé mettait quelqu’un en garde, « méfie toi des orpailleurs ».
- Le passé nous révèle bien des choses, tu ne crois pas… Les camisards?? Ce fameux massacre...? Les grottes, tout est là…et ces dissensions, la famille oui, mais je ne sais pas par quoi commencer, tu peux …m’aider …
- Eh bien si nous commencions par la cave ? - ?? Le souterrain !
Il se retourna vers le Land-Rover et plus rien. Rien de cette absurde rencontre mais il restait le souterrain : cette cave sans intérêt. Étant gosse, il croyait que c'était un souterrain mais ils avaient eu beau chercher, lui et Jérémie, il n'y avait jamais eu de souterrain. Il se dirigea mécaniquement vers le côté de la maison et se rendit vite compte du chemin qu'il aurait à parcourir pour rejoindre la porte. Une jungle sans nom s'offrait à lui : du lierre, des ronces, des branches de la tempête de l'hiver précédent. Ted ne manquait pas de courage mais il subsistait dans son esprit la vie de cette maison. Doit-on se battre contre le temps qui passe ? Cette maison, cette verrue valait-elle le coup, finalement ? Il doutait mais commença quand même à se frayer un chemin.
Sous une voûte en pierre de taille, la cave s'offrait à lui. Il tenta en vain d'ouvrir la lourde porte. Il tira, poussa, cogna mais rien n'y fît. Il posa une main et un pied sur le mur de pierre moisi. L'odeur insoutenable continuait à lui monter à la tête. Sans doute, était-ce ça qui l'avait pousser à halluciner quelques minutes auparavant. Il tira, fît levier de plus en plus fort. La porte commençait à trembler. Il tira plus, toujours plus fort. Son front voyait naître quelques perles de sueurs. La porte tremblait toujours sans céder, puis la poignée éprouva quelques sentiments de faiblesses. Elle lâcha d'un coup. Il fût désarçonné par cette lutte sans merci. La force qu'il mît à faire céder cette porte le fît tomber et sortir de la jungle qui séparait la cave du reste du monde. Face à ces yeux, une paire de botte vint le troubler.
Il releva le regard. Dans les bottes Aigle, un homme en salopette verte le regardait. Le soleil caché derrière l'homme rendait son visage invisible. Ted leva un bras pour cacher le soleil et mieux apercevoir l'étranger : presque chauve, le visage émacié, la vieillesse au bord des yeux, du nez, des lèvres.
- Loulou ?
L'homme interloqué que Ted puisse connaître son prénom tendît un bras au jeune garçon pour l'aider à se relever.
- C'est moi, Loulou, c'est Théodore... - Théodore ? Eh bein, dis-donc, j'aurai jamais cru te voir ici. Qu'est ce que tu brancouilles* ? Tu cherches encore ce foutu souterrain ? - Non... enfin, oui peut-être.
Louis Chauvier était le gardien de la vieille maison. Il s'appelait Louis mais tout le monde l'appelait Loulou dans le coin. Depuis la mort de la grand-mère de Ted, ces parents avaient donné à Loulou la garde de la maison. C'était un homme simple, travailleur. Il ne connaissait que sa campagne. Il n'en était jamais sorti et ne voulait en sortir pour rien au monde. Il disait de la ville, avec son fort accent du sud, que c'était « un nid à crétin qui craignent le grippe mais vont s'écafouerrer** dans le métro. ».
Au milieu des affaires de Ted posés sur la table de la cuisine, Loulou et lui buvaient un café.
- Alors, qu'est ce que tu deviens, toi ? On te voit plus beaucoup depuis que tu es parti à la ville ? - Je bosse pas mal, tu sais... - Bien assez pour ne pas venir à l'enterrement de ta grand-mère ? Tu sais que je me fous des affaires des autres mais heureusement qu'elle n'était plus de ce monde, dit-il d'un ton accusateur. - Je ne pouvais pas venir, c'est tout. Je ne pouvais pas revenir, dit Ted confus. - Tu crois que je voulais y aller après tout ce qu'il s'est passé avec ton père ? - Je sais Loulou. Je sais. Comment va Jérémie ? - Il a choisi la ville, lui aussi ? New-York... J'ai fait ce que j'ai pu pour qu'il aime ma campagne mais après ton départ, il ne rêvait que d'une chose : foutre le camp !
Loulou était le gardien de la bâtisse mais aussi un vieil ami de la famille. Du temps du grand battre, il était palefrenier. Sa fille, Elly, et le père de Ted ont été élevés ensemble. Ils ont eu chacun leur enfant : Jérémie et Ted ont eu aussi vécu les temps de l'insouciance côte à côte. Et puis Elly et son mari sont morts dans un accident. Loulou ne s'en était jamais remis : il tenait le père de Ted pour responsable depuis le premier jour sans jamais en vouloir à la vieille dame.
- Jérémie me manque. Eléonore aussi. Je me fais vieux, tu le vois bien : regarde ce qu'est devenu la maison de ta pauvre grand-mère ! - Tu vis toujours près de la maison brûlée ? - Oui, je me suis aménagé un coin près du foyer.
Ted laissa Loulou à ses habitudes de vieil homme. L'idée ne le quitta pas que quelque chose venait de la cave de la maison. Il repartit vers la serrure fracturée. Il donna des grands coups de pied dans la vieille porte. Épuisé, il reprit son souffle en posant ses avant-bras sur le linteau en pierre. Le visage penché vers le sol, il chercha une nouvelle idée pour entrer, définitivement. Il se redressa et sentit sa chemise se coller à ses bras. Il regarda de plus près pour s'apercevoir que sa chemise était mouillé d'un liquide rougeâtre.
Il passa une main sur le linteau et la regarda abasourdi.
- Vous êtes adorable, Théodore. Je suis une incorrigible romantique et j’opte pour la deuxième proposition ! Assis dans l’herbe fraîche face au crépuscule, leurs verres de jus de fruits posés à côté d’eux sur un plateau, Alice et Ted se battaient avec leurs sentiments. Décidément, qu’est-ce qu’il l’attirait, ce Théodore ! Et la maison aussi, en fin de compte. Ces salissures rouges sang étaient vraiment étranges… Elle avait une envie irrésistible de l’accompagner à la préfecture, ainsi elle profiterait de l’homme – si séduisant – dont elle était l’heureuse obligée, et de la chance de pouvoir percer le secret des mystérieux suintements. Ted, quant à lui, était heureux. La présence de cette ravissante jeune femme le rassurait, et il avait l’agréable impression qu’elle appréciait sa compagnie. De plus, elle avait trouvé que son idée d’aller à la préfecture était excellente ! Peut-être pouvait-il lui demander de l’y accompagner le lendemain ? Avec un peu de chance, elle accepterait… Alice eut un frisson. Sans hésiter, Ted lui recouvrit les épaules de sa veste. - Merci Théodore, vous êtes vraiment charmant. Dites-moi, je voulais vous demander, si cela ne vous dérange pas bien sûr, de vous accompagner à la préfecture demain. Les résultats m’intéressent beaucoup, et… - C’est incroyable parce que j’allais vous le proposer ! Donc évidemment, ce serait avec joie ! - Vraiment ? C’est d’accord ? Je suis ravie que acceptiez, cela me fait tellement plaisir ! Dans ce cas, je vais dormir chez mon Oncle et ma Tante, et je vous appelle demain pour vous prendre en voiture ! - Dans… dans votre cabriolet ? En suis-je vraiment digne ? demanda-t-il dans un grand sourire. - Vous plaisantez ? Évidemment, et je vous rappelle que je vous dois une faveur, dit-elle malicieusement. - Très bien, je suis convaincu, répondit-il en souriant. J’attends votre appel demain matin ! Ils échangèrent leurs numéros de téléphone, ravis de la tournure que prenaient les événements. Puis Théodore raccompagna Alice jusqu’à sa voiture, ils se dirent bonsoir et elle partit dans un vacarme assourdissant. Le cabriolet disparut rapidement. La sonnerie du téléphone réveilla Ted en sursaut et le tira d’un rêve plutôt agréable où il… déclarait sa flamme à Alice. Oui, bon, eh bien il assumait totalement, voilà. Bref, il s’extirpa péniblement de son lit et s’approcha du téléphone, la bouche pâteuse et l’air complètement à côté de la plaque. La douce voix de sa bien-aimée résonna dans le combiné. - Allô, Théodore ? - Alice, c’est vous ? -Oui ! Comment allez-vous ? Si je viens vous chercher dans une demi-heure, cela vous convient ? - Heu, je vais très bien mais disons plutôt dans une heure, voulez-vous ? Je ne suis pas encore tout-à-fait… - Réveillé ? Ça s’entend. Bon, entendu, j’arrive dans une heure ! Ne vous rendormez pas, surtout ! Elle avait raccroché. Ted regarda le téléphone, complètement dépassé par la conversation mais heureux quand même. Cinquante-cinq minutes et dix secondes plus tard, il était prêt. Il serait fort à propos de préciser que durant les trois quarts de ces cinquante-cinq minutes, Ted essaya une multitude de chemises, vestes, pantalons en tout genre, dans le seul but de plaire à quelqu’un dont il était tombé sous le charme, mais dont le nom m’échappe subitement. Enfin, elle sonna à la porte. Les retrouvailles furent animées : chacun étant pressé de revoir l’autre, il y eut pléthore de sentiments ce matin-là et je vous fais grâce des détails. Théodore prit le temps de gratter le mur sale et de prélever un peu de liquide rouge et poisseux pour le mettre dans un flacon. Ils arrivèrent devant la préfecture, un magnifique bâtiment en pierres du XVIIème siècle, monumental et imposant. - Bonjour Madame, excusez-moi, j’aimerais faire analyser l’échantillon d’une substance, s’il vous plaît. - Bien sûr. Deuxième porte à droite du premier couloir à gauche de l’escalier du fond, après le bureau du directeur, entre la pièce commune et le deuxième escalier en partant de la droite, après avoir passé le secrétariat central et la porte-fenêtre juste à côté de l’ascenseur. Je crois que je vais vous donner un plan. Ted soupira de soulagement. En sortant de la préfecture, Alice dit à Théodore qu’elle voulait lui montrer quelque chose. - Vraiment ? J’ai hâte de savoir ce que c’est ! - Vous allez très bientôt le découvrir… Alice s’approcha de lui et l’embrassa. Fougueusement, passionnément. Et il lui rendit son baiser. Ils en avaient envie depuis si longtemps ! Puis ils rentrèrent chez lui, sortirent de la voiture et se prirent la main. Avant de pénétrer à l’intérieur de la maison, ils jetèrent un coup d’œil au mur souillé de taches. Ce qu’ils virent les clouèrent sur place.
Les tâches avaient changé de couleur. Elles étaient là, rouges, vives, gluantes, et puis elles n'y étaient plus. Parties, envolées, disparues. Disparues ? Pas réellement. On pouvait bien voir des traces de moisissure, vert sombre, gris d'eau, mais rien de plus. Théodore se gratta la nuque. "Mon Dieu, voilà quelque chose. Je n'ai pas rêvé tout ça, si ?" Il ne se souvenait que trop bien de la visite du Professeur Zébulon, qui n'en était pas tellement une. "Je peux confirmer que non." Répondit la belle Alice. L'air s'était subitement rafraîchi. S'ils avaient jamais eu l'intention de monter à l'étage faire des cabrioles, c'était passé, et définitivement. "Heureusement que nous en avons pris un échantillon pour le remettre à la préfecture. Ce qui se passe ici est incompréhensible. - Ne vous en faites pas, Ted. Ils ne mettront que trois ou quatre jours à nous envoyer les résultats de l'analyse. Nous serons fixés." Le jeune homme s'approcha du mur maculé, et passa la main dessus. Il était humide, savonneux. "On croirait que quelqu'un vient de perdre une heure à gratter dessus comme un forcené. Venez voir, il y a de l'eau partout. - Avec toute cette végétation, c'est difficile de le remarquer." Alice s'approcha à son tour. Elle posa sa paume contre le mur, et la fit glisser jusqu'à celle de Ted. Alors qu'ils se regardaient dans les yeux, un bruit de moteur qui s'approche les fit s'écarter prestement. Ted fit signe à la jeune femme de rester derrière lui, et s'avança dans l'allée. Une Land Rover qui avait déjà fait des siennes se gara en plein milieu. Le jeune homme dévisagea, blasé, le Professeur Zébulon s'extraire de son véhicule. "Théodore ! Je voulais justement te parler. - Je ne pense pas. Je suis encore en plein rêve. Bon sang, quand tout cela prendra-t-il fin ? Je vais devenir fou, je ne sais même plus distinguer le vrai du faux..." Zébulon le toisa avec une sorte de mépris. "Ce n'est pas ma faute, si tu es un imbécile. Je pensais qu'on avait été assez clair la première fois. - Comment ça ? - Sers-toi de ta caboche, gamin. Oui, je sais, c'est difficile, mais fais un effort." Zébulon claqua des doigts à quelques centimètres des yeux de Ted, qui les cligna par réflexe. Quand il rouvrit les paupières, l'apparition s'était volatilisée. Abasourdi, il n'entendit pas arriver Alice, derrière lui. "Ted, ça va ?" Il la dévisagea. Sa tête lui tournait, elle était lourde. Il s'accrocha aux épaules de la jeune femme, qui eut un mouvement de recul. "Pardonnez-moi, mais il faut que je sache." Brusque, il l'embrassa. Leurs dents crissèrent. Elle s'abandonnait, quand il l'écarta de lui. Elle lui servit un sourire merveilleux. Tendre, il caressa une de ses boucles. "Tu n'es pas là... Comptesse Alice, venue d'on ne sait où, pour on ne sait quoi, tu as le visage de la femme que je rêverai de posséder... Et curieusement, tu es toute à moi. - Ted chéri, tu divagues. Je suis aussi concrète que toi et cette vieille baraque. D'ailleurs, je peux te le prouver quand tu le souhaites. Et tu apprendras bien vite que je n'appartiens à personne, encore moins à un type rencontré la veille." Elle s'éloigna d'un pas vexé. Il ne put réfréner un sourire. Un sacré bout de femme, cette Alice... Mais il fallait d'abord régler les problèmes les plus importants. D'où venait ce bruit de moteur ? Même sa compagne l'avait entendu ; il y avait bien cause à cette conséquence. Alors qu'Alice disparaissait à l'intérieur, il fit le tour de la propriété. Une camionnette sale d'un rouge passé stationnait un peu plus bas, au milieu de la végétation. Il la reconnut immédiatement. En s'approchant, il découvrit un seau plein d'eau boueuse et une brosse humide, dans le coffre à l'air libre. Personne à la place du conducteur. Sur ses gardes, il fit le tour du véhicule. Un violent coup s'abattit sur sa nuque, et il perdit connaissance.
Il reprit ses esprits un peu plus tard, allongé sur le lit qu'il avait quitté ce matin même. Penchée sur lui, Alice épongeait son front avec inquiétude. Il se redressa comme il put, la langue pâteuse et les oreilles sifflantes, et elle l'incita à ne pas trop bouger. "Qu'est-ce que... - On t'a assommé. C'est M.Chauvin qui t'a trouvé en bas, il a rapporté quelques outils." Ted se souvint qu'effectivement, depuis que son père était mort, sa mère ayant quitté les lieux, tous les outils qui leur avaient appartenu avaient été entassés dans la remise, cette sorte de cabanon au fond du jardin, et qu'ils étaient tacitement mis à disposition de ceux qui en avaient besoin. Ce qu'il ne parvenait pas à comprendre, c'est pourquoi il y avait un seau et une brosse sale à l'arrière de la voiture de Louis. Et pourquoi Louis l'avait trouvé à ce moment précis. "C'est lui qui m'a assommé." grommela-t-il. "Pardon ? - Louis. C'est lui qui m'a frappé. - Il t'a amené ici, pourquoi est-ce qu'il... - Il a effacé les traces sur les murs et il m'a eu quand j'ai vu le seau à l'arrière de sa bagnole, mince ! - Calme-toi. Ce coup sur la tête va te faire une belle bosse. - C'est hallucinant, rien de ce que je raconte ne te touche. - Cet homme est éprouvé, Théodore, ça se voit dans ces yeux, mais il n'est pas méchant. Tu l'aurais vu s'inquiéter de ton sort, c'était à fendre l'âme." Théodore soupira. Il était loin d'en être convaincu. Las, il se laissa aller en arrière. "Bon, au moins, je sais quelle est notre priorité absolue, maintenant. - Quelle est-elle ? - Ouvrir l'accès à la cave." Il saisit la main d'Alice et la porta à sa bouche, songeur. C'était ce qu'avait voulu lui faire comprendre Zébulon, rien de plus sûr. Pourtant, le fait que Louis, dit Loulou, soit aussi impliqué dans cette histoire le gênait, sans qu'il sache trop pourquoi. Il se demanda quel rôle il était censé tenir dans cette étrange mascarade.
(Shoupinett')
Posté le : 06/10/2011 03:45
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"Never came in France." (I smiled) "Maybe one day..." (he gave me a look) "Ya, maybe one day..." ('was smiling too.) --------/\__/\---------------- IvvvvvI ------>.• .. •.<-------------- INNNNNI --------I VV I()------------ INNN...
Théodore et Alice s’approchèrent de la cave, puis pénétrèrent à l’intérieur, ils virent des taches rouges à perte de vue, quelqu’un avait essayé de les nettoyer, il y avait des traces d’eau sur le sol et les murs qui le prouvait, mais elles avaient résisté aux tentatives de nettoyage. Plus ils avançaient plus le sol et les murs s’avéraient parsemés de taches rouges, ils finirent par déboucher dans une salle complètement rouge du sol au plafond. Ils découvrirent des débris de verre, et sentirent une odeur de formol, un produit chimique qui a la propriété de préserver des ravages du temps et de la putréfaction les corps. Théodore dit : -Une idée de ce qui s’est passé ici ? - On dirait que des expériences ont été menées ici, cette odeur que nous sentons est du formol, un produit utilisé par certains biologistes, et une partie du verre par terre, est celui d’éprouvettes. - Une explication avec Loulou est nécessaire, je sais que les mystères de cette demeure t’intrigue, mais s’il te plaît ne m’accompagne pas, je n’ai pas envie qu’il t’arrive quelque chose. Je te promets de tout te raconter, une fois que Loulou se sera expliqué. - Je ne suis pas une petite fille, je suis assez grande pour te suivre. - Très bien, puisque tu insistes.
Théodore et Alice se rendirent au domicile de Louis, celui-ci quand il les vit, voulut s’enfuir, mais Théodore lui barra le passage, il voulut bousculer Alice, mais celle-ci lui attrapa le bras, et lui fit une clef. - Loulou est-ce toi qui m’as assommé ? - Non ce n’est pas moi. - Connais-tu celui qui m’a frappé à la nuque ? Louis se mura dans le silence. - Ton silence est une réponse affirmative. Pourquoi as-tu nettoyé les traces rouges à l’extérieur de la maison ? Le vieux homme rétorqua : Je ne peux rien dire, j’ai promis, argh ! Louis s’effondra, un couteau planté dans le dos. Théodore et Alice virent un individu masqué s’enfuir, ils tentèrent de le rattraper, mais le meurtrier était rapide comme un lièvre. Dépités, ils avertirent la gendarmerie, les enquêteurs furent zélés, ils interrogèrent plus de 20 personnes, passèrent au peigne fin le domicile de Louis, épluchèrent ses communications téléphoniques, fouillèrent ses comptes en banque, cherchèrent pendant des jours sur le lieu du meurtre des traces d'adn ou des empreintes digitales, mais ils ne découvrirent aucun indice sur l’assassin.
Alice et Théodore attendirent quelques jours, mais leur patience ne fut pas récompensée, les gendarmes piétinaient, et leur visite au laboratoire d’analyse s’était révélée infructueuse, la mystérieuse substance rouge était inconnue, les laborantins intrigués avaient fait des centaines de tests, mais ils n’avaient rien trouvé qui permettait d’identifier la matière bizarre. Après une autre journée à attendre sans que les choses n’avancent, Théodore se coucha, il se réveilla en sursaut, un homme était en train de le menacer, en brandissant près de sa gorge un couteau. Le malfaiteur dit : - C’est mon premier et dernier avertissement, continue à fouiner et tu subiras le sort de Louis, c’est compris. - J’ai saisi le message, monsieur, je promets de ne pas me mêler de vos affaires. - Tu as intérêt à quitter la région, avant deux jours, si je te retrouve sur mon chemin, je te tue toi et ta copine. Après cette déclaration, il envoya un direct dans le menton de Théodore qui assomma le malheureux. Quand il se réveilla, il vit qu’il commençait à faire jour.
Sa courte léthargie fut brutalement percutée par la vision effroyable de la scène nocturne. Simultanément deux voix dissonantes s’affrontaient en lui. L’une voulut qu’il défiât la menace, l’autre l’exhortait à fuir instamment. Puis des images s’imposèrent, se mêlèrent au duel des précédentes pensées: le masque brandissant le couteau, la Mamé, le râle de Loulou et, et le visage d’Alice ! Tout ceci provoqua l’incontrôlable mouvement d’un nauséeux carrousel. Quand celui-ci vint à calmer son tourbillon, qu’il eut enfin désarçonné ses occupants trop intrusifs, il ne resta plus, dans un long soupir de Ted, que l'image de la présence réconfortante d'Alice. Sa beauté irradiante, sa pugnace énergie. Il ne pouvait plus céder. Il savait alors qu’il irait jusqu’au bout !… Vinrent alors en lui des sensations nouvelles, il découvrait à ce moment un état de calme et de plénitude inconnu jusqu’alors. Une sorte d’état de grâce qui n’abolissait en rien une vigilance de tous les instants… Brutalement sa détermination fut anéantie par l’insidieuse résonance du « Je te tue toi et TA COPINE » Il composa le numéro de téléphone de sa nouvelle alliée, et lui annonça : - Je laisse tomber, je repars dès demain. Alice fut interloquée : - Tu ne peux faire cela. Attends-moi, j’arrive ! Au fil de la décrue des émotions vécues durant la nuit, il parvint enfin à visualiser avec plus d’acuité le film de l’agression. Tout d’abord lui réapparut le clignement nerveux des yeux d’un bleu délavé presque transparent. C’était la seule partie du visage que le masque consentait à divulguer. Puis il revit la main gantée tenant le couteau, le blouson de Lycra noir dont le col ouvert laissait entrevoir, sur la peau du cou et du haut de la poitrine, des tâches disséminées. Des tâches violacées, purulentes et visqueuses. A cette vision résurgente, Ted marqua un temps de stupeur. Les tâches étaient identiques à celles qui maculaient les murs de la maison… Puis une interrogation lancinante investit totalement son esprit. Pourquoi le supposé assassin de Louis l’avait-il épargné? Il eût été facile pour lui de le tuer dans son sommeil. Pourquoi lui avait-il accordé un sursis ? Certes Ted ne disposait alors d’aucun indice pouvant compromettre qui que ce soit. Mais il devait y avoir une autre raison à cela…? Ted devait tout de même prendre la menace très au sérieux, il en était conscient, le tueur avait déjà sévi ! Pendant cette réflexion, le bruit d’un moteur enflait graduellement dans la campagne environnante. Il sut d’instinct que la voiture qui venait de planter sa calandre dans le massif d’hortensias lui ramenait son aimée, qui l'avait quitté quelques jours plus tôt pour rendre visite à son oncle et sa tante. -Ted! Ted! Il avait déjà bondi sur le perron. Il la prit dans ses bras pour l’étreindre avec une vigueur excessive tant il avait désormais peur qu’il puisse lui arriver malheur. Puis il lui raconta en détail les événements de la nuit, les questionnements induits, les raisons de sa décision d’abandonner les investigations engagées. Il fallait qu’elle s'enfuît avec lui ça devenait trop dangereux! Alice était démunie face à cette supplique. Elle était décidée à aller jusqu’au bout, mais elle resta silencieuse. Deux jours. Deux jours de répit ! A présent avec précaution il posa ses mains de part et d’autre du visage angélique, comme on le fait pour contempler un vase précieux et délicat. Elle ferma les yeux pour mieux atteindre la volupté ; pendant un jour, pendant une nuit ils s’aimèrent. - Ted nous ne devons pas céder. Je suis prête à risquer ma vie à tes côtés . Et puis je détiens des informations édifiantes. J’ai sollicité mon associé du cabinet parisien, il a pu accéder à des fichiers hautement confidentiels des R.G, les mêmes phénomènes ont été observés dans des maisons reculées du sud de l'Europe. Tu avais raison, Louis n’était pas la personne honorable et dévouée que l’on croyait…